« Sur la route ou l'exposition des cultures urbaines » est un événement qui s'est tenu trois jours de suite (les 13, 14 et 15 octobre 2006) au Grand Palais à Paris. Il s'agit d'une initiative spécialement organisée par le ministère français de la Culture pour les jeunes urbains, plus précisément pour ceux des banlieues parisiennes. Le choix du Grand Palais, vitrine de la culture française, revêt sans doute une signification politique et culturelle particulière.
On se souvient des émeutes sociales d'octobre 2005 dans les banlieues nord et sud de Paris, où les jeunes ont mené pendant plusieurs semaines une guérilla nocturne contre les forces de l'ordre, détruisant voitures et bâtiments publics (écoles, commerces, installations sportives, commissariats), évoquant les scènes de combat urbain de Bagdad. Cet épisode avait suscité une couverture médiatique intense. À la veille du premier anniversaire de ces événements, bien que la situation semble apaisée sous la politique ferme du ministre de l'Intérieur, les problèmes fondamentaux ne sont pas résolus. Une tension persiste dans les banlieues, défiant régulièrement l'autorité publique ; les policiers deviennent la cible de gangs (certains commissariats ont été brûlés, d'où leur absence actuelle dans certaines zones). Ces dernières semaines, la violence a repris : jeunes agressant des policiers, incendiant des véhicules, opérations massives d'arrestations matinales impliquant des centaines de CRS, et reportages médiatiques sur ces affrontements.
« Sur la route ou l'exposition des cultures urbaines » apparaît donc comme un grand événement politique, social et culturel, visant à démontrer l'importance accordée par l'État aux marges urbaines et aux sous-cultures (ou cultures non dominantes), cherchant à les institutionnaliser et à les intégrer, notamment dans le contexte stratégique des prochaines élections présidentielles françaises.
Les cultures marginales ou subalternes ont toujours existé dans les métropoles, prospérant particulièrement dans les banlieues. Dès les années 1980, elles sont devenues le courant dominant de l'art américain. La musique innovante du chanteur afro-américain Michael Jackson, le rap porteur de conscience sociale et la danse exceptionnelle des jeunes des quartiers noirs de New York, ainsi que le graffiti passant des stations de métro et des murs urbains aux galeries d'art, incarnent ce mouvement. Les artistes stars Keith Haring et Jean-Michel Basquiat en sont les figures les plus célèbres. Ce phénomène s'est rapidement propagé depuis la côte ouest américaine vers la France, influençant des artistes de « Figuration libre » tels que Robert Combas, Hervé Di Rosa, Robert Blanchard et François Boisrond, qui intègrent le graffiti et la bande dessinée issus de la sous-culture.
Ce phénomène social commun aux grandes métropoles occidentales soulève, dans le contexte postmoderne et face au défi du pouvoir public, des questions raciales, sociales, politiques, économiques et culturelles à travers le rap, la danse et le graffiti. La formation d'une culture de banlieue a vu émerger une civilisation populaire et grand public, qui navigue aujourd'hui entre le système social et le monde de l'art.
« Sur la route ou l'exposition des cultures urbaines » est un événement collectif gratuit rarement vu, attirant des adolescents urbains et périurbains atypiques. Une file d'attente longue d'un kilomètre s'est formée devant le Grand Palais, où des milliers de jeunes ont répondu présents à cet événement public organisé pour eux. Le Grand Palais, animé par l'énergie et l'atmosphère typique du hip-hop, est devenu une place centrale pour la culture jeune parisienne. L'événement comprenait : du rap, de la breakdance, du graffiti (tag), de l'art vidéo, des expositions et des sports appréciés par les jeunes (basket-ball, roller, etc.).















